La France, comme d’ailleurs la plupart des pays de la planète, refuse encore l’idée qu’un individu ait un droit à une mort digne. La mort, c’est l’affaire de tous dit-on, mais pas du premier intéressé. Et puis il y a cette lourde tradition chrétienne chez nous qui sublime la souffrance rédemptrice. Bien mourir, c’est en baver.
Un statu quo qui dure depuis toujours. Tout bien réfléchi, la situation actuelle ressemble pas mal à celle d’avant la légalisation de l’IVG en 1975. En ces temps reculés, les choses se faisaient de façon artisanale, salement, sans suivi médical. En un mot de manière barbare. Il aura fallu que les politiques se mettent (tardivement) en phase avec la réalité pour que le calvaire des femmes enfin s’atténue.
C’est la même chose pour l’euthanasie. L’illégalité qui marque toute aide au suicide, pousse le candidat à se débrouiller seul. Pendaison, défenestration, pilules, veines tranchées, autant de solutions hasardeuses qui, outre les supplices qu’elles peuvent engendrer, ne réussissent même pas toujours. Laissant le plus souvent la personne dans un état de vie pire encore.
Imaginer qu’un jour, on ne m’aide pas à mourir dignement, qu’on m’oblige à rester en vie en dépit d’une vie qui n’en est plus une, ça a le goût de l’enfer. Et cet enfer, si on l’a imposé à un jeune tétraplégique, il n’y a aucune raison qu’on ne nous l’impose pas à chacun d’entre nous.
Et ça, pour moi, c’est barbare. Il y a, à mes yeux, clairement un pas civilisationnel à franchir. Celui qui nous enverrait dans un monde où la mort ne serait pas trustée par l’obscurantisme, où l’on pourrait organiser son propre départ, au mieux, à son rythme, à sa façon.
« Notre choix de la mort est un acte de liberté » avait dit l’ancien ministre Roger Quillot en 98 avant de se suicider. Et franchement, depuis, rien n’a changé. La liberté dont il s’est emparé n’est pas entrée dans notre droit positif.
- J’ai donc décidé (j’y pensais depuis quelques années déjà) d’adhérer à l’ADMD (Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité). Pas pour me suicider demain ;) , mais pour bénéficier d’une carte de membre indiquant mes directives anticipées. Faire du mieux qu’on peut avec ce qu’on a (une législation imparfaite). Et à défaut d’organiser son départ, on tente de limiter les dégâts (notamment l’acharnement thérapeutique…).


19 Commentaires pour "J’ai pris ma mort en main, et vous ?"
dans la même veine, sans mauvais jeu de mots, la carte de donneur d’organes n’est pas inutile non plus
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Excellent article : merci ! Etais très étonnée que Sarkozy fasse promesse sur l’euthanasie alors que Ségolène l’ a oublié totalement : bien dommage !!
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La Thilde> Très juste, d’ailleurs si tu as un lien, n’hésite pas. :)
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Note sur un sujet important et déserté pour l’instant par la gauche durant cette campagne. Une reflexion doit pouvoir exister sur cet aspect. Il est à craindre que les “morales” religieuse, se tournant plus actuellement sur leurs “valeurs” traditionnelles, soit des oppossants farouche de l’ouverture d’un dialogue. Souhaitons que nos politiques de haut vol (!) n’attendent pas une autre affaire aussi troublante et douloureuse que l’affaire Humbert, pour y reflechir…
Bien à toi,
VG
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et voilà
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la thilte> Merci. :)
Christine> Tu as une source sur la position de Sarko sur l’euthanasie ?
Vincent Garel> Je ne comprends pas qu’un sujet aussi fondamental ne soit pas au centre des programmes politiques.
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Tristan > Pendant que ton vélo était lâchement déplacé, Sarkozy a fait un pas décisif en faveur de l’euthanasie, il a en effet déclaré a la Mutualité:
“Quand j’entends les débats sur l’euthanasie, je veux me dire, les principes je les respecte, les convictions je les respecte, mais je me dis quand même au fond de moi, il y a des limites à la souffrance qu’on impose à un être humain. J’ai souvent dit le respect que j’avais pour les grandes religions de France, je voudrais simplement qu’on aborde ces questions en partant moins des principes et plus de la souffrance. On ne peut pas rester les bras ballants devant la souffrance d’un de nos compatriotes qui appelle à ce que ça se termine, tout simplement parce qu’il n’en peut plus”
Pour l’anecdote, ce passage n’apparaît pas dans le texte en ligne sur le site de l’UMP, en effet de source interne a l’UMP, Sarkozy aurait décidé de se prononcer sur ce sujet sans en parler a son staff et cela au dernier moment.
Source: quasiment tous les articles publiés hier et aujourd’hui sur le discours de Sarkozy
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Tristan, Michael m’a devancée : la référence dont je disposais était celle du site Genethique.org : http://www.genethique.org/revu.....0212.4.asp
sic
“Dans une manifestation hier à la Mutualité, Nicolas Sarkozy a évoqué une éventuelle dépénalisation de l’euthanasie en déclarant “les principes je les respecte, les convictions je les respecte. Mais je me dis quand même, au fond de moi, il y a des limites à la souffrance qu’on impose à un être humain”. “On ne peut pas rester les bras ballants devant la souffrance d’un de nos compatriotes qui appelle à ce que ça se termine, tout simplement parce qu’il n’en peut plus.”
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tant mieux si on en parle enfin sérieusement. Toutefois, il est faux de penser que la ligne de partage passe entre conservateurs religieux d’un côté et les autres de l’autre côté. Je connais des tas de gens qui sont mécréants comme c’est pas permis, qui ne sont pas moralistes pour deux sous, et qui sont contre. ça touche à tellement de choses qu’on ne peut prédire que qqn va être pour ou contre, c’est assez compliqué.
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Christine, Michael> Surpris également de la position presque claire de Sarko sur le sujet. Que fait Ségo sur cette question ? Je ne sais pas. (Espérons que Sarko comme Ségo ajoute ce point dans leur programme présidentiel)
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C’est vrai qu’il faut souligner la position courageuse de Sarko sur ce sujet… Que fait la gauche ? B Kouchner était pourtant en pointe sur le sujet si je me souviens bien…
Il est donc urgent que la candidate de gauche y travaille… Difficile de croire que le sujet ne soit pas apparu au cours des débats participatif.
VG
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Clothilde > Oui sans doute la ligne de partage n’est pas aussi claire. Mais je pense que médiatiquement ce sont d’abord les “églises” qui vont apparaitre contre l’idée.
Mais tu a raison le sujet est épineux pour beaucoup
VG
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Tristan, puis je utiliser ta note sur mon blog ?
Merci de ta réponse.
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Vincent Garel > Les rumeurs courent que Kouchner aurait accepté en cas de victoire de Sarkozy de se joindre a son gouvernement. Peut être, est ce lui qui lui a soufflé l’idée de l’intégrer a son programme. Ca me parait très probable, sachant que Kouchner a publiquement critiqué la candidate de son parti.
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MICHAEL > il ne faut pas écouter toute les rumeurs… B Kouchner soutient la candidate de gauche, et fait campagne pour elle. Il l’a deja accompagné plusieurs fois en déplacement en province.
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Vincent Garel > J’ai retrouvé la source, en fait c’est plus subtile que ca, Kouchner reste fidele au PS, mais se dit pret a accepter de rejoindre un gouvernement d’union nationale, avec Sarkozy comme president.
“Gouvernement d’union nationale
Jeudi matin sur RTL, l’ancien ministre de la Ville du gouvernement Rocard, membre du Parti des radicaux de gauche, a indiqué qu’il soutiendrait bientôt officiellement Ségolène Royal ou Nicolas Sarkozy, mais que ses faveurs actuelles allaient “plutôt” au second, à cause du rapprochement récent entre la candidate du PS et Jean-Pierre Chevènement, président du Mouvement des citoyens.
Dans une interview publiée dans le Parisien de ce jour, Kouchner, ancien ministre de la santé de Lionel Jospin et toujours adhérent du Parti socialiste, se montre très critique, voire amer, vis-à-vis de ce dernier, dont le programme contient, selon lui, “de bonnes choses et beaucoup d’archaïsmes”. Même Ségolène Royal n’est pas épargnée: les membres de son équipe de campagne “ne me paraissent pas des parangons de modernité”, note Kouchner.
Interrogé sur son attitude si Nicolas Sarkozy élu à l’Elysée l’appelait pour participer à un gouvernement d’ouverture, le fondateur de Médecins sans frontières avoue qu’il y répondrait favorablement “s’il y a un gouvernement d’union nationale, dépassant les clivages habituels, s’il y a une vraie “équipe de France”". Et d’ajouter: “Il faut passer un cap difficile de cinq à dix ans, pour que notre pays retrouve son rang.”
L’Express
http://www.lexpress.fr/info/qu.....sp?id=7955
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Michael : La démarche d’union nationale n’est pas vraiment dans la culture Francaise. Le seul crédible sur ce thème est peut etre Bayrou… reste qu’après ses déclarations, Kouchner c’est ostensiblement affiché avec Ségolène…
Pour revenir au sujet de la note, je pense qu’il peut influer le debat, et j’espère à gauche, qui est sa famille politique de toujours…
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Vincent> Tu peux reprendre ce billet. Carte blanche pour celui-ci et tous les autres (passé et futur) ! :)
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Tristan > Merci !!
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